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 Les Récits

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Seth EdelWeiss

Dragon
The Beast of Hells

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MessageSujet: Les Récits   Mar 7 Déc - 13:14

    Vous trouverez à la suite de ce message le récit de certains habitants de l'île. Une certaine chronologie sera respectée. Vous n'êtes pas obligé de lire ce qui suit, seulement si vous voulez comprendre plus efficacement le fonctionnement du forum et les évènements qui amènent à l'île, alors vous trouverez votre bonheur dans ces textes.

    [x] Récit d'un Rescapé.
    [x] Récit d'un Monstre.
    [x] Récit d'un Jäger


Dernière édition par Admin le Mar 7 Déc - 13:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les Récits   Mar 7 Déc - 13:15

Du 11 au 12 novembre
Récit d'un Participant


    Monter dans ce bateau était au-dessus de toutes mes espérances. Ma vie n'a jamais été quelque chose de grandiose, plutôt dans la moyenne. Je suis né, j'ai vécu et je mourrais sans doute dans l'indifférence total du reste du monde. Je suis un homme parmi tant d'autres, je suis un chiffre, une suite de numéro sans queue ni tête dans un fichier binaire, je suis un salarié au milieu d'une centaine d'autres et mon travail n'est pas meilleur qu'un autre.
    Alors, forcément, c'était sans espoir de gagner que j'ai joué à ce jeu sur Internet. Quelques champs à remplir, des informations personnelles pour la plupart et rien de plus. Si j'avais une femme et des enfants, mon âge et mon sexe, ma date de naissance, mon poids... ce genre de chose. Mes passes-temps aussi. Toutes sortes de chose pour lesquelles je ne me suis pas inquiété : pourquoi pas, après tout ? J'ai envoyé ma candidature sans grand espoir, passant aussitôt à un autre jeu au bout duquel on me promettait une télé écran plat avec lecteur DVD intégré. Oui... comme je l'ai dis : pourquoi pas ? C'est surtout que je n'avais rien d'autre à faire que tenter ma chance et perdre du temps sur l'ordinateur en attendant que le repas finisse de cuire.

    Alors évidemment, lorsque une semaine plus tard je recevais un courrier qui m'annonçait que j'avais gagné, le tout accompagné de deux billets pour une croisière en direction d'une île paradisiaque, je n'en ai pas cru mes yeux. Le second billet était pour un ami de mon choix. Des photos étaient jointes, me faisant voir des paysages tous plus envoûtants les uns que les autres. Je n'en revenais toujours pas. Et l'illustration du bateau était un véritable chef d'œuvre ! Magnifique !
    Mais maintenant que je m'y trouve, à bord de ce vaisseau gigantesque apparemment bourré d'électronique, je me dis que j'ai une chance de cocu, que je suis bien heureux de ne pas avoir de copine dans ce cas et que, mieux encore, cela signifiait peut-être que j'allais avoir une chance à venir. Ce n'est que lorsqu'on m'interdit de m'aventurer à l'arrière et à l'avant du bateau, et quand je croisais le regard d'un autre passager, que je sentis un très vague sentiment, comme un instinct vieux comme le monde qui se réveillait au contact de cette réalité décidément trop inhabituelle. Je n'étais pas chanceux... et le regard cerné, torve, qui me fixait avec une attention dangereuse me confortait dans mon choix. Tout à coup je me montrais plus méfiant. Marc, mon ami, me jeta un coup d'œil perplexe avant d'entendre qu'il y avait un buffet à volonté dans le restaurant du bâtiment. Et comme de bien entendu, monsieur étant un estomac sur pattes, il oublia instantanément toute prudence et me traina vigoureusement à sa suite dans un tourbillon de nourriture à ne plus savoir quoi en faire.

    Tandis que j'avalais maints plats, diverses pâtisseries et autres joyeusetés gastronomiques du genre, je jetais des coups d'œil à droite et à gauche, tentant de repérer des incohérences, quelque chose. Mais le type louche de tout à l'heure avait disparu et je me laissais bientôt endormir par l'attention des hommes du bord, prêts à tout pour nous, se pliant à nos quatre volontés. En l'espace d'une heure nous avions plus mangés qu'en toute une vie et, repus, nous nous dirigions vers notre cabine, indiqué sur la carte qu'on nous avait confiée à notre arrivée.
    Somme toute, le voyage se passa sans encombre. Marc et moi étant d'incontournables casse cou – à défaut d'être casse couille quoiqu'on en doutait de plus en plus – flirtions avec les diverses lignes de sécurité érigées des deux côtés du vaisseau. Les parties qui nous était interdites. C'est en parvenant à nous faufiler malgré la surveillance d'un garde... que nous finîmes par comprendre que quelque chose clochais sur ce bateau. Définitivement.

    En effet, et contre toute attente, toute la partie habitable de la poupe était réservée... à des prisonniers. Inutiles de chercher midi à quatorze heures lorsque nous vîmes l'état de cette partie du bateau. En plus d'être sales, diverses insultes raisonnaient à droite à gauche... et lorsque nous jetâmes un regard à travers l'un des hublots donnant sur une chambre, les habitants de cette dernière étaient enchaînés et habillés de vieux vêtements sales et craqués de part et d'autre. Le regard sombre était le même que celui que j'avais vu... et en nous voyant à travers la vitre en plastique sale, l'homme nous sourit. De ce sourire typique des psychopathes meurtriers ne demandant qu'une occasion pour commettre un meurtre de plus, ajouter un nom à une liste sans doute déjà longue.
    En voyant cela, nous avons filé, parvenant de nouveau à échapper à la vigilance pas si absolue du gardien et nous réfugiant dans notre cabine pour discuter de cela. Mais il était trop tard : nous étions arrivés.

    Je jetais un regard catastrophé à mon compagnon d'infortune et je ne sut pas s'il fallait réellement débarquer, prendre nos affaires et descendre sur cette ile qui nous paraissait de moins en moins paradisiaque et de plus en plus dangereuse et malsaine. Et si nous étions tombé dans une machination gouvernementale ?

    - Déconne pas John. C'est pas le moment de verser dans la conspiration... le gouvernement ne ferait jamais une chose pareille. Peut-être qu'il y a une zone de détention temporaire, un endroit où ils effectueront des travaux d'intérêts généraux pour l'île. Je n'en avais jamais entendu parler, sans doute qu'il y a de nombreuses constructions qui sont encore en cours.

    Je comprends au ton de sa voix qu'il essaie de s'en convaincre autant que moi. Nous restons prudents, méfiants, même si on sait qu'un truc pareil ne peut pas être possible et que ce qu'il venait de poser, comme possibilité, était bien plus probable qu'une machination pareille. Et puis même si c'était vrai, cette machination, pourquoi faire ? Je soupire et attrape mon sac de voyage. Deux nuits passées dans ce rafiot à attendre pour arriver sur l'île et nous voilà aussi impatients de repartir que nous l'étions en embarquant.

    Après avoir répondu à l'appel général, nous grimpâmes dans une embarcation, une simple barque en bois, toute bête... qui nous mènerait sur la côte. Pourquoi le bateau est-il aussi éloigné d'ailleurs ? Que risque-t-il à s'avancer un peu plus ? Les bas fonds sont encore loin, ça se sent et ça se voit, alors quoi ? La chaloupe toucha la surface de l'eau et l'homme chargé de ramer se mit en mouvement, menant l'embarcation droit vers la berge.

    L'île ressemble en effet à toutes ces photos que j'ai reçu : magnifique avec sa plage de sable blanc, ses forêts luxuriantes et ces espaces verts interminables, ces falaises immenses que l'on pouvait apercevoir de loin. Elle était toute en mouvement, en hauteur et en crevasse... et tout semblait être encore sauvage, plein de mystère et vierge de toute présence humaine. Je soupirais, serrant mon maigre bagage contre moi, n'ayant emporté qu'un strict nécessaire puisque le prospectus annonçait que tout était prit en charge : de la brosse à dent aux vêtements que nous pouvions emprunter dans une des nombreuses salles de l'hôtel. Une photo montrait même un vieillard venant chercher de quoi se vêtir et repartant, souriant, avec une chemise hawaïenne et un short à fleurs, tongs aux pieds.

    Autour de moi j'entendais des gens discuter gaiement, une famille entière s'extasier sur le panorama tout simplement imprenable, l'importante faune et flore qui devait constituer une telle merveille naturelle. Seule une gamine de treize ans semble détailler l'île avec scepticisme, les bras croisés et l'air de se dire qu'elle aurait été mieux ici que partout ailleurs... l'air de s'ennuyer à mourir. Je la compris instantanément : peut-être avait-elle, elle aussi, remarqué d'étranges faits à droite à gauche. Ou croisé le regard d'un des prisonniers qu'abritait le bateau.
    Je me tournais vers la berge qui s'approchait à grand pas, contemplant avec une terreur croissante le sable blanc, l'eau bleue, les arbres verts ou pas loin... et je me dis que j'étais sans doute devenu paranoïaque. Après tout, quoi de plus anormal que moi, gagnant un jeu quelconque ? Il devait y avoir une machination quelque part et ce devait être la raison pour laquelle je perdais la boule, tout simplement. Je souris, rassuré d'avoir trouvé une raison à mon angoisse et le besoin de m'enfuir à toute jambe si seulement marcher sur l'eau était possible.

    Lorsque nous accostâmes, rien ne se passa. Plus les secondes défilaient sans que rien ne se passe, plus je me sentais rassuré et heureux... jusqu'à ce que la dernière chaloupe ne s'évade vers le large, reprenant sa route vers l'immense bâtiment. Marc se tenait à côté de moi, tenant contre sa poitrine son maigre sac et jetant des regards à la fois soupçonneux et émerveillés au paysage qui nous faisait face... jusqu'à ce qu'un cri sur notre droite ne nous alerte... c'est en baissant les yeux que je vis l'horreur : des... monstres courraient vers nous. Durant le court instant que je pris à reprendre mes esprits, j'en vis un avec de longues oreilles couvertes de poils roux, une queue touffue et épaisse toute aussi orange mais dont le bout était blanc... renard, songeais-je presque détaché sans m'étonner de voir ces parties animales sur le corps d'un homme se déplaçant à quatre pattes. Puis Marc me poussa en avant et je repris mes esprits, détalant à sa suite, ne m'arrêtant pas lorsqu'un loup de deux mètre cinquante de haut l'empoigna, sa gueule se refermant sur la gorge de mon meilleur ami, pas plus lorsque je croisais les yeux rieurs d'une sorte de démon de la luxure, occupé à dévorer le cou d'un pauvre homme sous ses baisers lascifs, et encore moins lorsque les cris d'un enfant se turent brutalement sur ma route. Avant de m'engouffrer dans les fourrées marquant la lisière de la forêt, je jetais un œil par dessus mon épaule, aperçu le visage de la fille que j'avais remarqué plus tôt, faisant face à l'homme-renard... avant que toute image ne soit remplacée par la forêt... Alors je regardais devant moi et couru comme jamais je n'avais couru.

    Ma vie était en jeu.
    Et ce jeu était un leurre.
    Un leurre pour nourrir des monstres.
    Monstres qui me poursuivaient.
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MessageSujet: Re: Les Récits   Mar 7 Déc - 13:16

12 novembre à 14:34.
Récit d'un Monstre.


    Tapis dans les fourrées de la côte, j'observe l'horizon d'un œil amer, inconscient des multiples soupires qui m'échappent. Il fait beau, le ciel est bleu et le soleil est haut dans le ciel. Un vent simple fais bruisser les branches du buisson dans lequel je me planque, m'écrasant presque sur le sol pour mieux m'y fondre, comme si je souhaitais m'enterrer le plus bas possible. J'ai le cœur aux abonnés absents et l'âme endolorie, ce que je suis n'est pas moi, ce que je fais n'est pas moi. Ce que je suis devenu... n'aurait jamais du être moi. Et pourtant, comme tous les autres présents autour de moi, à l'instar de cet être bavant et grondant qui frissonne d'impatience à moins de trois mètres sur ma droite... j'attends comme eux. Comme un chien qui remue de la queue devant son maître, attendant patiemment qu'on nous livre... de la mise à mort.
    Un reniflement m'échappe, je ravale les larmes qui me brûlent les yeux et soupire une nouvelle fois. Ici, pitié, compassion, remords et regrets n'ont pas leur place. Pas si j'ai envie de continuer à respirer et à vivre, même sur cette île maudite comme peu d'autres, même dans cet enfer aux allures d'île paradisiaque.

    Un frisson secoue les autres, tout le monde... le même remonte le long de ma colonne vertébrale et toute humanité quitte mon visage. Je refoule toute ma faiblesse au fin fond de moi-même et je sens un sourire cruel étirer mes lèvres. Je suis un monstre. Comme les autres. Je vais tuer. Comme les autres. Et comme les autres je me sentirais vivant en privant un autre de cette même vie pour laquelle je me bats. Je sens toujours cette pointe à mon cœur mais cette lueur au bout de l'horizon, ce symbole d'espoir m'empêche de m'attarder plus longtemps là-dessus. Le bateau est là. Cette saloperie de bateau croisière se profile à l'horizon mais ce n'est pas pour monter à bord qu'on est à ce point impatients, ce n'est pas pour quitter cet enfer, que nous trépignons dans les fourrés de la côte, nous planquant aux frontières des arbres, attendant, patients, prédateurs.
    L'impressionnant bâtiment s'arrête suffisamment loin de la berge pour pouvoir repartir avant que nous l'atteignons si l'envie nous prenait d'essayer, de tenter l'impossible. Des barques atterrissent dans l'eau, projètent des gerbes d'eau sur la coque épaisse du vaisseau... et lentement, très lentement, les chaloupes se mettent en marche, ramant pour atteindre la côte.

    De là où nous nous tenons, nous les entendons. Crier d'impatience, babillant sur tout et sur rien, laissant échapper des exclamations d'excitations, on les sens qui trépignent autant que nous, avides de toucher terre et d'atteindre enfin cet îlot paradisiaque qu'on leur a promit, ce jeu auquel ils ont joué sans penser qu'il serait le dernier. Les premiers touchent le sol. Nous attendons, patients et le cœur au bord des lèvres, l'estomac qui se retourne et les muscles qui tremblent d'excitation. Toutes ces bonnes odeurs, toutes ces paroles, toute cette présence qui signifie tellement pour nous !
    On attend. Encore. Je recule d'un pas, posant mes mains sur le sol et sentant la terre fourmiller sous mes doigts tandis que je me positionne du mieux que je le peux pour une meilleure détente. Mais mon pied marche sur quelque chose qui craque, éclate sous la plante de mon pied. Je jette un regard en arrière, dédaigneux et indifférent au crâne humain que je viens d'écraser sans la moindre pitié. Je retourne mon attention sur eux... le dernier bateau a accosté et aucun n'a entendu le bruit que j'ai fais. Trop concentrés à crier leur joie, trop attentifs à ce que dit son voisin... Et alors que les passeurs, ceux qui conduisent les barques, entament le retour au vaisseau... Nous nous élançons.

    Formidable de puissance, incroyable de sauvagerie, nous parcourons la distance qui nous sépare de ces proies appétissantes en l'espace de quelques secondes seulement. Ce n'est que lorsque le premier d'entre nous se jette à la gorge d'un homme d'âge mûr que le premier cri retentit. L'alarme est donnée. Les plus rapides tentent de s'enfuir, certains ne font pas deux mètres avant de se retrouver face à l'un d'entre nous, d'autres parviennent à s'enfoncer dans les fourrées et peut-être que certains parviendront à rejoindre les Autres.
    Moi... moi pendant ce temps je me tiens accroupis, face à une fillette de treize ans. Je penche la tête sur le côté et je vois dans son regard à la fois terrifié et hésitant qu'elle ne sait pas ce qu'elle doit faire. Courir, me tourner le dos, et mourir sans voir son assassin, me faire face et mourir en voyant l'horreur que je suis... ou tenter de se battre et, peut-être, me vaincre. Ses lèvres tremblent... Pendant qu'elle réfléchit, se rendant petit à petit compte de l'inéluctabilité de sa mort... je pense que si je la tue, je serais définitivement ce pourquoi on m'a emmené ici. Un monstre. Définitivement. Irrémédiablement. Et ce, pour toujours. Mais mon ventre est vide, mes bras, mon corps, mes jambes et mon cou sont lacérés des coups reçus, des leçons gravées dans ma chair. Ici, c'est chacun pour soit et l'humanité qu'on m'a refusé n'a nulle droit de se manifester encore en moi.

    C'est alors que la première larme roule sur sa joue de velours, que son esprit se fait enfin à son funeste destin, que je me jette sur elle sans la moindre pitié.
    Lorsque nous repartirons, certains dormant encore sur la berge, satisfaits et repus, l'eau bleue et transparente de la mer sera rouge. Rouge de notre pêché. Rouge de notre haine... Au couleur du drapeau que nous hissons à l'encontre du reste de l'humanité.
    Vengeance.
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MessageSujet: Re: Les Récits   Mar 7 Déc - 13:17

12 novembre à 15:34.
Récit d'un Jäger.


    - Aaron !

    Un grognement rageur m'échappa et je sortis de ma cabane en repoussant le rideau de l'entrée d'un mouvement brusque. La lumière me blessa les yeux, me rendis encore plus grognon et je foudroyais l'importun du regard, sachant d'avance ce qu'il allait me dire, m'annoncer... et cela ne faisait qu'accroître ma mauvaise humeur.

    - Qu'est-ce que tu veux microbe ? T'en a marre de la vie ?
    - Rêve pas trop vieille trogne, c'est Orla qui m'a demandé de venir te chercher par la peau du cul si c'était nécessaire, alors magne toi le fion, du con !


    Je me redressais de toute ma taille, toisant l'avorton qui osait me défier d'aussi mauvaise manière, j'avançais ma main, prêt à tordre son petit cou gracile lorsqu'une main fine tapa la mienne avec insistance :

    - Laisse Dane tranquille gros tas de graisse.
    - C'est du muscle demi-portion, et tu ferais mieux d'en prendre de la graine ou tu vas ressembler au vieux Stone.


    Je les entends s'écrier derrière moi, le plus jeune arguant qu'il mangeait sans doute plus que moi tandis que le second se moque en attendant que je réponde à ses provocations. Mais j'avais mieux à faire. Si Orlando m'a appelé, c'est qu'il y avait une bonne raison. J'attrapais mon épée courte et un coutelas bien aiguisé avant de sortir de ma cabane sans leur adresser un regard, m'élançant vers la palissade extérieure, le premier rempart contre Eux. Traverser le petit village ne me prit pas bien longtemps, rejoindre Orlando non plus mais je m'arrêtais un court instant devant la maison de Yuki, lui demandant s'il n'avait pas deux pommes pour moi... et il me les tendit avec un sourire avant de refermer la porte et de retourner à ses activités habituelles.

    Il y avait tellement de nationalités différentes ici, qu'on aurait put croire que discuter était difficile, qu'échanger quelques mots n'était pas bien compliqués mais nous y étions parvenu, non sans difficultés mais le résultat était là.

    Je me pressais jusqu'au rempart nord et grimpais l'échelle pour rejoindre Orlando.

    - Qu'est-ce que tu me veux ?

    Il se tourna à demi vers moi, se comportant comme l'indifférent de service auquel j'étais habitué et je lui tendis une des deux pommes que j'avais emmené. Il me dédia un vague sourire avant de me tendre des jumelles de fortune qu'il avait trafiqué il y a peu de sorte à pouvoir faire le guet plus efficacement :

    - Regarde. A deux heures.

    Précision utile. Je dirigeais l'objet dans cette direction et cherchais ce qui avait bien pu mettre la puce à l'oreille à ce type aussi tranquille et glacial que la banquise. Et je compris instantanément pourquoi il m'avait appelé. Un grondement rageur m'échappa : un gars, cramponné à sa valise, était poursuivit par deux monstres. L'un d'eux semblait sur le point d'abandonner la poursuite, apparemment épuisé par la course qu'il avait du maintenir pour un gibier qu'il n'aurait de toute façon pas obtenu s'il avait ensuite fallut se battre avec le second. Ce dernier était... plus dangereux. Un soupire rauque m'échappa et je rendis les jumelles à Orlando :

    -Un Minotaure.
    - Et pas des moindres. Il s'agit de Philio, celui dont parlait le vieux Stone.
    - Qu'à cela ne tienne, il y aura une légende de moins sur cette île.


    L'italien m'adresse un nouveau sourire, un peu plus hésitant peut-être. Je lui donne quelques ordres tandis que je reste sur le rempart, portant de nouveau les jumelles pour suivre la progression du jeune homme : pas mal, pour un débutant. S'il vient de la côte comme les autres, il a une endurance à toute épreuve et une volonté de vivre sans pareil... comme chacun ici. Je pousse un soupire, entendant Orlando crier à corps perdu pour rallier tous les guerriers dont nous aurons besoin pour vaincre ce nouveau monstre.

    Dix minutes plus tard, nous étions huit à nous lancer dans la bataille, rejoignant le pauvre homme en courant pour aller plus vite... lorsque l'on le retrouva, il se tenait sur la branche d'un arbre, tentant d'échapper au Minotaure qui défonçait le tronc du pauvre végétal à grands coups de corne, ses sabots noirs s'enfonçant dans le sol tant il poussait pour renverser l'arbre... Un premier carreau s'enfonça dans sa lourde fourrure, se planta dans son épaule droite... et il nous accorda enfin toute son attention. Il se désintéressa de l'autre singe pendu à son arbre... et en croisant son regard je compris qu'on allait avoir du mal. Les ramassis de conneries du vieux Stone venaient de prendre tout leur sens : ce monstre était intelligent, ses yeux noirs et brillants de cruautés me l'assuraient autant que ses cornes effilées promettaient mille douleur à celui qui se laisserait avoir. Mais il n'était pas le premier que j'allais affronter, ni le dernier, et chacun de mes hommes était prêt à risquer sa vie pour venir à bout de cette créature du démon... S'engagea alors un combat comme peu il y en eut durant le mois écoulé. Deux hommes furent blessés, contraints de quitter le combat car incapables de le poursuivre... et c'est alors que la bête tombait à genoux, épuisée par nos coups multiples, inlassables, que j'abattis ma lame sur son cou épais, sentant avec satisfaction mon arme crisser sur l'os, se glisser entre les vertèbres et... poursuivre sa route.

    La tête bovine roula sur le sol, le sang m'éclaboussa le visage et le reste de mes vêtements en piteux état.

    - Occupez-vous d'Alexandro et de François, emmenez-les tout de suite au campement, Dimitry... ils doivent rester en vie et respirer lorsque je reviendrais, c'est comprit ?
    - Oui !


    Leurs pas s'éloignent, s'étouffent sur le tapis de feuille. Ils sont cinq à partir. Les trois blessés et deux guerriers aptes à les défendre si nécessaire. Ne restent que moi, Elil et le singe toujours cramponné à sa branche.

    - Si j'étais toi, je descendrais de là avant qu'un autre rapplique et qu'on crève avec toi.
    - Et qui me dis que vous n'êtes pas des monstres, vous aussi ?
    - Rien, tu as juste notre parole.


    Le gamin... il n'a pas plus de vingt deux ans, il n'est pas bien âgé, ne semble pas être quelqu'un d'extraordinaire, plutôt du genre à se fondre dans la masse... mais aussi simple et banal paraissait-il, il n'en restait pas moins qu'il avait distancé pendant une trentaine de minute un minotaure et une chimère. Même si cette dernière était jeune.

    - Descends gamin, on va pas te faire de mal.
    - Seulement si vous lâchez vos armes. J'vous... j'vous ai vu vous savez !
    - Si on est des monstres, même sans arme on pourrait te tuer.


    Un sanglot lui échappe et je sens dans ce seul son toute l'angoisse, toute la nervosité qu'il doit ressentir... s'il est sur le point de craquer, on ne peut pas se permettre de rester là. Il risque de crier, de s'exciter et on devra le tuer. Je poussais un lourd soupire et lâchais mon épée ensanglantée sur le sol mou de la forêt.

    - Content ?

    Je le vois qui hoche la tête et ne peux m'empêcher de songer qu'il est naïf... il descend lentement de l'arbre, attentif à ne pas tomber... mais loupe une branche et s'écrase par terre, sur le cul et le regard idiot fixé devant lui comme s'il se demandait comment il avait atterrit là.

    - Bien, suis nous maintenant.

    Il lève les yeux vers moi, craintif et tremblant avant de se relever. Le retour jusqu'au village fut long, tout d'abord parce qu'il avait du mal à se déplacer, ensuite parce qu'il finit par s'évanouir, épuisé. Elil et moi le portâmes jusqu'à notre retour où nous le laissâmes aux bons soins de nos guérisseurs personnels.

    Qui nous sommes ? Nous sommes les résistants, les derniers humains sur cette île trompeuse qui ne soient pas asservis, déchu au rang d'esclave ou de poche de sang pour les quelques vampires de l'île. Nous sommes le dernier bastion de résistance, le dernier fanion combattant contre l'horreur et l'infamie de ces monstres. Contre le traitement indigne des humains amenés ici sous statut de simple bétail trompés par un jeu alléchant. Et parmi nous se cachent des prisonniers normalement désignés pour la potence, condamnés à morts mais envoyés ici dans le même but... mais qui ont sut survivre. Comme chacun d'entre nous. Nous sommes le résultat d'un heureux hasard, nous avons survécu, nous nous sommes organisés, nous restons et combattons.

    Qui nous sommes ? Nous sommes les Jäger von Monstren.
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